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KTM : La Paix et le Boxon


Printemps 2022, Katmandou, Népal. La ville est dense, bruyante même. Le trafic automobile est omniprésent, faisant corps avec la ville. Il irrigue ses grandes artères et ses petites ruelles capillaires. Les klaxons sont les battements de cœur de cette métropole animée. En approchant du centre, le ciel disparait presque, caché par l’étroit enchevêtrement de façades coagulées. Prendre de la hauteur semble être le seul moyen d’embrasser plus qu’une toute petite fraction de la ville. Le voile gris de pollution agit comme un drap transparent rendant tout point de vue haut presque intime.

Durant sept semaines, Katmandou sera le point de chute régulier d’un voyage népalais entre jungle et sommets. Ces passages de quelques jours permettront d’apprivoiser à chaque fois un peu plus cette entité urbaine tentaculaire faite de béton, de fils électriques, de scooters et de boutiques en tout genre. Passés les premiers jours, je m’éloigne des quartiers historiques tristement abimés par les tremblements de terre pour sonder les périphéries et les quartiers plus anonymes. Chaque espace dégagé apparait alors comme une petite rareté à l’échelle de la ville.

Malgré le tumulte urbain omniprésent, Katmandou apaise et tempère. Peut-être est-ce dû à la condition de ce voyage, dénué de réelles contraintes, mais sûrement qu’une part de cette poésie In Situ y est pour quelque chose. Des lumières tamisées par la pollution ambiante aux floraisons des arbres quadrillés de barbelés, la capitale népalaise offre de précieux moments de légèreté teintés d’absurdité.

KTM, la paix et le boxon se compose ainsi d’un ensemble de 24 fragments visuels capturés lors de ces différentes déambulations. Cette série témoigne de l’évolution de la perception d’une ville depuis la découverte première jusqu’aux premières habitudes qui s’installent. Les clichés sont réalisés à l’argentique afin de souligner cette idée d’instant passager que l’on redécouvre au développement. La chimie des films photos contraint le rendu des couleurs et révèle alors quelques erreurs de prise de vue.

KTM la paix et le boxon s’éloigne volontairement d’une représentation fidèle voire stéréotypée de Katmandou pour exprimer l’apaisement recherché durant ce périple. Si le voyage est une parenthèse éphémère avant un retour à un quotidien inévitable, cette série témoigne de l’alchimie fragile que l’on peut y trouver : un sentiment de sérénité fugace mais laissant pour autant un souvenir durable. Étrange de vivre une telle respiration dans une ville aussi polluée... Mais après tout, Katmandou n’est plus à un oxymore près.